Voilà bien une question qui se pose fréquemment !

Et si le leadership nous était légué par héritage ?

Ne serait-ce pas là une énorme injustice ? « La beauté est une demi-faveur du ciel, l’intelligence est un don » dit un proverbe arabe. Qu’en est-il du leadership ? Comme le charisme, il serait une sorte de bonus, ce petit plus qui fait bien souvent toute la différence, un cadeau du ciel, comme celui d’avoir une belle voix ou de bénéficier de qualités athlétiques exceptionnelles. Tous ces dons n’ont pas la même valeur mais ils constituent indéniablement un avantage qui nous est attribué ou pas à notre naissance. Peut-il en être de même pour le leadership ?

Il existe un courant de pensée qui le croit fermement.

S’il est évident que nous ne commençons pas tous dans la vie avec le même bagage, j’ai toujours cru qu’ensuite tout devenait possible. Un capital peut se déprécier ou s’apprécier dans le temps. Il peut même se constituer. Rien ne me semble acquis pour toujours. Rien n’est jamais perdu non plus ! Un manager peut bien présenter toutes les qualités de ce qu’il est convenu d’appeler un « leader » et pourtant ne jamais être perçu comme tel, l’inverse étant vrai bien entendu. C’est bien ce qui rend l’apprentissage du leadership passionnant, énigmatique et parfois déroutant. Quoiqu’il en soit, certains individus possèdent indiscutablement un petit supplément d’âme. Je pense à cette chanson de Michel Berger « Ella elle l’a », écrite en mémoire d’Ella Fitzgerald. Les paroles méritent que l’on s’y attarde quelques instants : « Ella, elle l’a ; Ce je n’sais quoi ; Que d’autres n’ont pas ; Qui nous met dans un drôle d’état ». Ou encore … « Elle a ce tout petit supplément d’âme ; Cet indéfinissable charme ; Cette petite flamme ». Pour finalement conclure … « Tu vois ça ne s’achète pas ; Quand tu l’as tu l’as ». L’essentiel serait déjà joué à notre conception. Et si c’était vrai ? Certains êtres seraient ainsi prédisposés à devenir des leaders, que ce leadership soit d’ordre intellectuel, spirituel, artistique, politique ou entrepreneurial. Que les sceptiques attendent encore un peu avant de hausser les épaules. Une étude récente semble en effet apporter de l’eau au moulin de ceux qui sont persuadés du caractère héréditaire du gène du leadership. Les auteurs auraient en effet découvert une séquence ADN qui serait à l’origine de capacités innées — acquises à la naissance — permettant à leur détenteur d’endosser le costume de dirigeant ou de leader plus facilement. Ce gène — connu sous le nom de « rs4950 » — permettrait à certains individus de démarrer dans la vie avec un avantage compétitif. De quoi saper le moral des autres ! Cette étude est du reste la première du genre. Elle a permis de comparer des échantillons d’ADN de plus de 4000 personnes en prenant en compte des critères liés à la situation professionnelle et à l’environnement de travail.

Qu’il puisse exister un génotype relatif au leadership, après tout pourquoi pas. Cela permettrait d’expliquer pourquoi certaines familles parviennent sur de très longues périodes à faire éclore de nombreux talents en leur sein. Ce fut le cas de la famille Kennedy qui permit à plusieurs de ses membres d’accéder à des fonctions prestigieuses, le plus connu étant bien sûr, le 35ième Président des Etats-Unis d’Amérique, John Fitzgerald Kennedy (JFK).

Mais plutôt que de génétique ne s’agirait-il pas plutôt d’une forme de mimétisme ?

Nous avons tous tendance en effet à imiter les personnes que nous admirons ou que nous aimons. Cela commence dès notre plus jeune âge avec nos parents, une sœur, un frère ou un oncle. Nous poursuivons avec nos maîtres à l’école, un professeur d’université ou plus tard un patron. La culture joue également un rôle primordial. Elle s’acquiert tout au long de la vie, de mille façons. La culture conditionne ce que nous sommes et influence à chaque instant notre démarche, nos pensées et nos actions. Tout comme le facteur « chance ». Faire de bonnes rencontres peut changer une vie, aussi bien sur un plan professionnel que personnel. Dans les deux sens du reste. La liste n’est certainement pas exhaustive mais elle montre sans ambiguïté que si la génétique peut expliquer une partie de ce que nous sommes, elle ne peut être le seul élément explicatif. D’ailleurs, contrairement à la famille Kennedy, la majeure partie des réussites se font sans le moindre antécédent familial.

Pour autant, l’interrogation suivante revient fréquemment : « Leaders really are born and not made » ?

Il existe en réalité trois courants de pensée.

Le premier défend l’idée d’un « leadership inné ».

C’est un peu le syndrome « superman », celui qui peut tout, qui dispose à la naissance de tous les attributs qui le conduiront à réussir assurément. Ce mouvement est à rapprocher de la « théorie du grand homme », à la frontière du darwinisme et de l’eugénisme dont nous connaissons par ailleurs les limites et les dangers. Bien qu’il ait connu son apogée dans l’entre-deux guerres, il perdure aujourd’hui encore, renforcé de fait par les conclusions des travaux cités précédemment.

Il marque cependant le pas dans les années 70 pour laisser place à l’école du « leader contextuel » qui développe l’idée qu’on ne nait pas leader mais qu’on le devient en fonction des circonstances et du contexte dans lequel on évolue.

Est-ce que Charles de Gaulle aurait pu connaître le destin fabuleux qui fut le sien sans les événements de la seconde guerre mondiale ?

Vient enfin la théorie qui considère que le leadership s’acquiert avec l’expérience et donc dans le temps.

Il n’est sans doute pas nécessaire de choisir entre ces différentes approches. Le leadership se forme sans doute au carrefour des trois, avec des équilibrages différents selon les individus. Barack Obama est sans aucun doute né sous une bonne étoile. S’il possède des qualités intrinsèques qui le distinguent des autres, il s’est aussi trouvé au bon endroit, au bon moment, pour exercer ses talents et se forger dans le temps un profil de « présidentiable » par le biais d’un apprentissage familial, religieux, universitaire, social et politique. Le succès est au final un mélange de tout cela. Un « milk shake » de la réussite !

Si une partie du leadership est héréditaire, il ne peut être que cela. C’est du reste ce que pensent également les chercheurs précités puisqu’ils affirment en guise de conclusion : « celles et ceux qui disposent du gène rs4950 ont 25% de chances supplémentaires d’exercer un rôle de leader au cours de leur carrière . Reste donc à peaufiner les 75 % restants.

Cela laisse une certaine marge ! Et c’est finalement plutôt rassurant