Un « bon » manager recherche l’équilibre

Les qualités d’un bon manager ? Une question qui suscite des débats sans fin tant les « vérités » sont multiples et mouvantes.

La littérature managériale nous enrichit de nombreuses pistes, l’expérience terrain nous éclaire sur leur bien fondé, notre esprit critique conjugue les deux pour façonner des croyances voire des certitudes personnelles. Aussi, cet article propose une conviction personnelle, avancée avec prudence et humilité.

Le postulat de départ : le manager – je parle du manager de proximité, celui qui est en prise directe avec une équipe – n’est pas un technicien de l’encadrement, il est avant tout, pour l’équipe, l’incarnation complexe du besoin de sens, de rationalité, d’espérances. A fortiori dans les périodes remuantes où la confusion fige les individus dans des postures de méfiance, de fuite voire de défiance. C’est vers le manager que les yeux se tournent, que les questions fusent, que les attentes se cristallisent. Et autour de lui que les situations se dénouent ou se crispent. Sollicité pour ce qu’il est – un représentant hiérarchique – il est souvent bousculé, chahuté, remis en question dans sa condition d’individu. Il affronte – et absorbe – les émotions de tous, avec comme sacerdoce attendu de l’équipe, de donner des garanties d’avenir, et ce, sans laisser paraître son ressenti. Quelle équipe voudrait l’entendre exprimer de la peur, de l’abattement ou le voir fuir ?

Ingratitude de la fonction qui demande de jongler entre ses objectifs de manager et ses propres sentiments face aux autres (compassion, agacement, découragement…). Que faire ? Quoi dire ?

L’incertitude est un mouvement imparable avec lequel le manager doit composer pour rester solide, pour lui-même et pour l’équipe.

Ce qui suppose de renforcer sans cesse son  assise personnelle, c’est à dire, le socle des croyances intimes qui donnent du sens à ses choix et ses actes.

Discipline, souplesse et humilité

C’est pour cela que la discipline personnelle est une des premières qualités requises : se donner des règles pour travailler sa vision du monde, du travail, des relations aux autres, structurer l’évolution de ses compétences, atteindre un but personnel. Par exemple : s’attacher à être conforme à une valeur (la justice, la transparence, la solidarité…), apprendre en se formant chaque année à une matière/pratique nouvelle, se nourrir d’une culture pluridisciplaire… Cette autodiscipline reste à tout instant un garde-fou auquel se cramponner dans les moments de chahuts personnels.

De la souplesse également. Comme les grands artistes qui apprennent d’abord les techniques les plus ardues pour s’en départir à la faveur de leur créativité, le « bon » manager accepte de s’exercer aux meilleures pratiques pour s’en détacher face à l’imprévu. C’est parce qu’il maitrise son sujet qu’il se sent alors libre d’évoluer face à un cadre inhabituel. En faisant preuve de souplesse d’esprit face à une situation singulière, le manager pourra développer sa faculté à changer de point de vue, considérer une situation sous des angles différents, chercher ainsi une ouverture inattendue. C’est ce que j’appelle s’adapter en souplesse : à la colère ou à l’inquiétude de l’un, à l’ambition dévorante ou au découragement de l’autre par exemple.

Et enfin, l’humilité. C’est à dire accepter que l’expérience et la maitrise forgées au fil des ans et d’un chemin personnel soient balayés par un nouveau regard extérieur, par une erreur du jugement ou tout simplement par le doute. Oui, le « bon » manager est capable de reconnaître ses propres limites et celles de son action sur le monde. Son humilité le pousse alors à préférer questionner plutôt que savoir. Questionner son collaborateur pour l’amener à progresser dans la recherche d’une solution, par lui-même, plutôt que lui livrer la solution « clef en main », questionner les problématiques pour les extraire des cases dans lesquelles elles ont tendance à se loger…

Finalement, le « bon » manager est peut-être celui qui ajuste et affine sans cesse sa posture parce qu’il sait que l’équilibre n’est jamais acquis. (comme dans la vie)

Pour compléter ce qui a été dit précédemment, il est intéressant de s’intéresser à l’opinion des équipes. Voici donc les 5 qualités du manager idéal… selon son équipe !

LE MANAGER IDEAL ECOUTE

Durant mes séminaires sur le management bienveillant, je demande aux participants quelles sont, selon eux, les qualités d’un bon manager. L’écoute vient toujours en premier, absolument toujours. Cela est assez logique en fait ! A quoi sert un manager s’il/elle est enfermé(e) du soir au matin dans son bureau, sourd(e) aux demandes de son équipes ? Un manager doit faire grandir son équipe et pour se faire, il faut la comprendre… impossible sans l’écouter et, bien entendu, sans être disponible pour le faire ! Un manager en réunion du soir au matin n’aura pas de temps pour écouter !

LE MANAGER IDEAL EST EXEMPLAIRE

Plus de 30% des salariés français sont régulièrement en retard. J’ai rencontré beaucoup de managers dont c’était le cas… mais comment fait-on par exemple pour expliquer à ses commerciaux qu’il est important d’être à l’heure pour un rendez-vous client si soit même nous ne sommes jamais ponctuels ? La valeur de l’exemple est absolument centrale en management.

LE MANAGER IDEAL FAIT CONFIANCE

Comme je le disais dans le point 1, un manager doit faire grandir ses équipes. Et pour grandir, il faut apprendre à faire par soi-même. Comme le dit le proverbe chinois, apprend à un Homme à pécher et il se nourrira toute sa vie, donne-lui un poisson, il mangera une journée. Par contre, pour faire confiance, il faut également donner le droit à l’erreur car comme un bébé tombe en moyenne 2 000 fois pour apprendre à marcher, un collaborateur ou une collaboratrice se trompera de temps en temps pour apprendre à être autonome… cela fait partie du jeu !

LE MANAGER IDEAL EST COURAGEUX

Il est extrêmement facile d’être un manager qui dit oui à tout, ne monte jamais au créneau pour défendre les intérêts de son équipe… c’est un petit peu comme dans la « vraie » vie : être lâche est plus simple à court terme que d’être courageux et faire face à la réalité. Mais c’est un calcul à court terme. La lâcheté revient toujours en boomerang vers la personne lâche. Le courage managérial rassure les équipes et donne le sentiment que le cap est clair. Sans courage managérial, impossible de donner un sens aux actions que les équipes devront avoir.

LE MANAGER IDEAL SAIT DECIDER

« p’tet ben que oui, p’tet ben que non »… j’en ai connu des managers comme cela, qui préféraient ne pas décider plutôt que de prendre un risque. Bien entendu, cela est très lié au point précédent. Trop souvent, les managers se cachent derrière leur hiérarchie sans assumer leur propre capacité à prendre des décisions claires… voire, pire, ils vont attribuer leurs propres décisions désagréables à leur propre hiérarchie pour ne pas avoir à se justifier auprès de leur équipe. Savoir décider, c’est bien entendu savoir trancher mais également savoir expliquer les raisons de la décision sans se cacher derrière sa propre hiérarchie.

Ces 5 qualités sont intimement liées les unes avec les autres et il est parfois compliqué en tant que manager d’être parfait. Être Superman ou Wonder Woman de matin au soir n’est pas vraiment envisageable mais, a minima, avoir conscience du but à atteindre permet de s’améliorer jour après jour. Oui, je crois qu’être manager peut s’apprendre, heureusement. C’est un petit peu comme le piano… en y mettant du cœur, certain(e)s deviendront des virtuoses et d’autres seront moyen(ne)s… mais aucun ne sera minable